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Quel habitant de la capitale ne connaît pas Autolib’ ? Depuis quelques années l’initiative de la mairie de Paris apporte une option supplémentaire aux déplacements urbains avec 4000 véhicules électriques sous le mode du car sharing. Un tarif de 9 € pour 30 minutes tout compris, ou 6 € moyennant un abonnement mensuel de 10 €. Ca reste bien sûr plus cher que les transports publics, mais moins cher qu’un taxi. Pour une moyenne de 1 à 2 courses par semaine, c’est également moins cher qu’un véhicule privé, sans les soucis d’assurance, parking et plus écologique puisque les véhicules sont 100% électriques.

Enfin ça c’est la théorie. La réalité n’est pas toujours aussi simple.

 

Aux frontières de la rentabilité

 

Alors oui, je reste convaincu que le car sharing est l’avenir, et surtout pour des courts parcours au sein d’une agglomération aussi congestionnée que Paris. La moyenne habituellement pour ce genre de service est d’un véhicule pour 10 abonnés. Déjà un premier problème vis-à-vis d’Autolib’, qui dispose d’un véhicule environ pour 25 abonnés (l’entreprise a dépassé récemment les 100’000 inscrits) ce qui risque de poser des problèmes de disponibilité aux heures de pointe. A terme, ce rapport pourrait même atteindre un véhicule pour 75 personnes.

Et là vous vous dites « tiens, mais il y a un marché à saisir ! » et entrevoyez déjà de lancer votre propre service concurrent.

Et quoique j’espère secrètement que vous y parveniez, je vous réponds immédiatement « bon courage ! ».

Car contrairement à un service VTC ou tout autre service basé sur l’économie du partage, qui ne font que mettre en relation prestataire d’un service et utilisateurs, ne nécessitant pour démarrer « que » un bon serveur, une base de donnée et le développement d’une application… La première chose qu’il vous faudra c’est investir dans un parc de véhicule. Dans l’exemple d’Autolib’, chaque blue car coûte la bagatelle de 20’000 €. D’accord le moteur, la batterie (on y reviendra) sont novateurs et il y a un coût à cela. Mais enfin niveau design (qui a beau être réalisé par Pininfarina) et confort il faut avouer que cela reste assez proche de la boîte de conserve.

Peu importe,  le modèle est parfaitement adapté à la fonction, mais tout ceci juste pour rappeler qu’il a fallu investir 80 millions d’euros pour l’achat des véhicules, pour une durée de vie pas clairement définie, mais qui oscille aux alentours des 5 ans, Autolib’ commençant déjà à remplacer ses véhicules les plus anciens.

Avec tout ça vous n’avez pas encore installé de bornes de recharge (plus de 1000 en île de France) et commencé à payer les 1200 employés nécessaires au « bon » fonctionnement (on y reviendra).

Si on y ajoute le coût des réparations (en moyenne 50 par jours) on commence à ne plus vraiment voir le fond de ce gouffre financier. Avec 100 millions de frais de fonctionnement par année, Autolib’ estime atteindre le seuil de rentabilité d’ici deux ans après… 7 ans de fonctionnement.

 

Un coup de pub magistral financé par un partenariat public privé

 

Un peu plus de 200 millions d’euros d’investis en tout, dont 60 par le groupe Bolloré, 80 par la mairie de Paris et 70 par les municipalités périphériques. Groupe Bolloré qui assure en plus les pertes à hauteur de ces 60 millions, plus un engagement de 20 millions en cas de retard dans les phases de projet.

Le bénéfice estimé, en admettant que tout se passe bien, après 12 ans, ne dépasserait guère les 100 millions cumulés.

Mais alors qui aurait envie de se lancer dans une telle galère ?

Seul un grand groupe doté d’une puissance financière suffisante, et libre vis-à-vis de ses actionnaires peut se permettre un tel pari sur la durée.

Actionnaire majoritaire du groupe, Vincent Bolloré fait à peu près ou presque ce qu’il veut. Mais alors pure vocation philanthrope ? Ça serait assez mal les connaître…

Car depuis plusieurs années, c’est plus d’un milliard qui ont été investit par le groupe pour le développement de cette blue car, et surtout de la technologie qui la supporte, à commencer par la batterie de type Lithium Métal Polymère, plus sûre et jouissant d’une plus grande densité d’énergie (qui donne tout de même 250 km d’autonomie à ces Autolib’), mais qui a pour l’heure d’autres contraintes non négligeables tel devoir rester au dessus de 80° en permanence pour ne pas perdre rapidement sa charge, et donc rester branchée à l’arrêt.

Un ensemble d’avantages et d’inconvénients qui se prête particulièrement bien au mode de fonctionnement d’Autolib’, qui devient dès lors une plate forme publicitaire de choix pour la blue car aussi bien que la batterie, en plus de permettre un test grandeur nature. Financer sa R&D et son marketing en partie grâce à des subventions publics, en échange de la mise au service de la population d’un service de qualité, avec une chance si tout se passe bien de dégager un léger bénéfice. On commence à comprendre pourquoi le jeu en vaut la chandelle.

 

Un service controversé, mais quand même bien pratique

 

Et à priori pourquoi pas si le service suit derrière?

Même si la plupart des inscrits n’avaient déjà pas de voiture à la base, Autolib’ freine tout de même l’acquisition de nouveaux véhicules, et donne à tout un chacun une flexibilité que les transports publics ne permettent pas toujours.

Alors soyons réalistes, quoique la consommation à l’arrêt juste pour « réchauffer » la batterie soit relativement négligeable lorsque l’on compare le bilan énergétique total à une voiture traditionnelle, il reste difficile de qualifier ces véhicules d’écologique tant que 80% de l’électricité est d’origine nucléaire… Mais je pense que rien que pour la baisse de la pollution sonore cela vaut déjà la peine.

Bref chacun se fera son avis là-dessus.

Ensuite les conditions générales et la qualité du service client parfois douteux, qui font que les erreurs techniques et fréquents bugs se retrouvent très souvent à la charge du client, suscitant colère et indignations justifiées (un site spécialisé a même été crée pour répertorier les témoignages les plus poignants).

Le fait de jouir d’un monopole et de dépendre directement de l’état n’encourage probablement pas les efforts dans ce domaine. On espère néanmoins que les responsabilités soient prise et que les choses s’améliorent vite avec le temps (et la rentabilité qui devrait dégager des fonds pour faire le job correctement).

Et en attendant d’hypothétiques concurrents qui viendraient dynamiser le marché.

« Dis-voir, t’as pas 200 millions à me prêter ?… »

 

Facebook :  https://fr-fr.facebook.com/autolib/

Twitter:  https://twitter.com/autolibfr

Site entreprise:  http://www.autolib.eu/

Groupe Bolloré:  http://www.bollore.com/

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